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Lucien Ruelland, ténorf

Faits saillants
Biographie
Album CD

 

 

 

 

 

       Lucien Ruelland, ténor dramatique

                                (1911 - 1999)

                           Biographie

                    Ses débuts comme baryton

                  La découverte de sa voix naturelle

                  Carrière active du ténor

                  Nouvelle orientation de sa carrrière

               Lancement du microsillon entièrement produit au Canada  en 1954

               Retour sur scène à 80 ans et un nouvel enregistrement
 
 
 

Ses débuts comme baryton

Né à Québec d'une famille de onze enfants, il déménagea à l'âge de 13 ans avec sa famille à Chicoutimi.  Son père, Edmond Ruelland, fervent catholique insista pour que ses  neuf garçons chantent dans le choeur de la Cathédrale de Chicoutimi.  Ils avaient tous de très belles voix et se faisaient accompagner souvent à la maison par leurs quatre soeurs qui  avaient toutes appris le piano. Sa mère, Mme Bélanger sans aucune formation musicale,  était réputée pour  improviser sur-le-champ un accompagnement, même pour des chants très classiques, lorsqu'il n'y avait pas de partitions.

Jusqu'au milieu des années trente, il chante avec l'octuor "Les Voix du Saguenay",  l'une des formations vedettes de la station régionnale de Radio-Canada. C'est le directeur de la station M. Vilmont Fortin, qui découvre ce talent et le met en contact avec le ténor Rodolphe Plamondon. Il chantait alors baryton.  Par la suite, il poursuit des études en chant avec Louis Gravel à Québec,  toujours comme baryton et devient maître de chapelle de la paroisse St-Roch.

Son premier récital eut lieu au Capitol de Chicoutimi en 1940.

Durant cette décennie, il donne onze récitals au Palais Montcalm de Québec avec un succès soutenu, du jamais vu par un même artiste dans son patelin.  Lorsqu'il chantait en récital, il souhaitait avoir le  drapeau du Québec à ces côtés.  Des photos viennent appuyer ce fait.

En 1945, il obtenait une  bourse du gouvernement du Québec. Il s'embarquait pour la France le 28 décembre de la même année afin de poursuivre sa formation.

La découverte de sa voix naturelle

C'est un tournant majeur dans sa carrière lorsqu'il rencontre le professeur M. Paul Razavet, ancien ténor du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles et de l'Opéra comique de Paris. Dès la troisième séance d'études, le professeur s'exclame : «C'est curieux, j'entends une voix de ténor.»  La facilité et l'aisance avec laquelle Ruelland attaquait l'aigu légitimait suffisamment sa transition. Sept années d'apprentissage et de répertoire comme baryton qui sont anéanties.  Relever ce défi  a dû demander  tout un courage, à cause du manque de ressource de la France de l'après-guerre où des privations l'ont fait maigrir de 32 livres en cinq mois.

Cette capacité de passer d'un registre à un autre en ayant connu un succès incontestable autant comme baryton que ténor démontre la présence d'une voix hors du commun et d'une technique vocale exceptionnelle et efficace.

Dans une lettre adressée à Razavet et après avoir entendu Lucien Ruelland, M. Raoul Husson, docteur ès sciences et Maître de recherches au C.N.R.S. sur les phénomènes physiologiques et accoustiques fondamentaux de la phonation et auteur un ouvrage de référence "La voix chantée"  déclarait ceci : "Ce jeune homme est incontestablement un fort ténor, type de voix assez rare et d'ailleurs d'autant plus rare que l'immense majorité des professeurs de chant ne savent pas les éduquer et les font chanter en amincissant la voix, ce qui les transforme inexorablement en mauvais baryton en les empêchant d'atteindre aisément leurs notes aigües."

Carrière active du ténor

Retour au pays du chanteur transformé‚ et sa première apparition dans un concert avec l'orchestre des Concerts symphoniques de Montréal que dirigeait le célèbre et sympathique chef d'orchestre M. Wilfrid Pelletier en 1947.

Il se marie avec Jeanne d'Arc Mercier le 11 août de la même année.

Il part en tournée en novembre 1947 avec sept engagements en Nouvelle-Angleterre entre deux concerts à Québec et une tournée provinciale. Lucien Ruelland a eu l'occasion de prouver aux siens que sa voix magnifique était servie par une technique splendide, une endurance et une force physique remarquables. Pendant une seule journée, lors d'une tournée de Noël avec les Chanteurs de la Colline, notre ténor chanta vingt et une fois consécutives le " Minuit chrétien"  sans le moindre signe de défaillance ou de fatigue.

Récital au Palais Montcalm le 29 septembre 1947 accompagné par Jean-Marie Beaudet, il participe au gala du 9 novembre avec orchestre symphonique et  un autre récital le 15 novembre au même endroit.

Il  retourne en France la même année pour continuer son travail vocal entrepris avec le
professeur Razavet et débute sa carrière de chanteur en France.

Lucien Ruelland  dans le rôle de Faust au théâtre de Cherbourg en mai 1949

Il fait ses débuts comme ténor dramatique sur la scène du théâtre de Cherbourg, en France, en 1949, dans Faust. Ayant appris le rôle en six semaines seulement, Ruelland joue alors sans souffleur et chante en tout pendant une heure et 20 minutes. L'enthousiasme du public lui fait alors bisser l'un des airs les plus difficiles du répertoire d'un ténor : La Cavatine de Faust, "Demeure chaste et pure".  Avec humour, il confie à ses collaborateurs que pour la circonstance, il avait dû apprendre en plus de son rôle, ceux de Marguerite et de Méphisto, afin de prévenir, chez ses partenaires tout trou de mémoire.

À Paris, il participeà la création de l'opéra Altima de Robert Dusseault, grand prix de Rome.  Il teint des rôles prédominants dans la Tosca, Paillasse, Manon, Samson et Dahlila dans différentes villes de France.

Il participe le 9 novembre 1950 à la première à Reims de l'opéra La VANINA dans le rôle de Carlo dirigée par le compositeur Paul Bastides  premier prix de Rome.

Le critique Louis-Philippe Roy déclarait : " Ruelland mérite la plus grande admiration. Sans influence, sans fortune, par sa constance, ses talents et son courage, il a déjà conquis son art de façon appréciable et fort appréciée, même en France. En effet, il a bravé au cours de ses tournées les auditoires les plus exigeants des ville de France : Reims, Mulhouse, Tours, Compiègne, Cherbourg, etc. et a conquis sur son passage l'estime et l'admiration des connaisseurs. "

L'abbé Pierre Gravel, curé de Boischatel, en France à cette époque, relate un écrit du journal de Chartes:« ...nous avons eu le plaisir d'entendre un chanteur canadien français, artiste de classe, voix de ténor d'une puissance et d'une étendue étonnante.  Son style impeccable a fait, notamment dans l'Agnus Dei de Bizet, une profonde impression sur la nombreuse assistance.»  Le ténor profite alors d'un séjour en décembre pour donner deux prestations à l'église de Saint-Aignan de cette même ville.

Lucien Ruelland dans le rôle titre de Werther

Nouvelle orientation de sa carrrière

Le 19 janvier 1950 , en pleine ascension dans sa carrière, tout bascule; c'est le décès de son épouse Mme Mercier à l'âge de 28 ans. Cette jeune mère laisse aussi dans le deuil une petite fille Marie-France Ruelland.

15 mai 1952, récital accompagné de Mlle Françoise Gauthier à la paroisse Sacré-Coeur de Chicoutimi.

Après un court séjour en France en 1954, c'est le retour définitif du ténor au Québec où l'attendent parent et amis.  Il devient maître de chapelle à l'église des Saint-Martyrs de Québec.

Lucien Ruelland  lors d'un mariage  à  Rimousky dans les années 1950

 

Lancement du microsillon de 1954.

Événement sans précédent dans l'histoire artistique du Canada; puisque le ténor enregistre SEPT GRANDS AIRS D'OPÉRA sur un microsillon accompagné par un orchestre symphonique composé de musiciens  de Montréal et de Québec précurseur de l'orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Jean Deslauriers, produit entièrement au pays  grâce à la collaboration de Radio-Canada et le studio  RCA Victor de Montréal.

 

Ce document sonore sera sans doute le témoignage le plus fidèle de la richesse, de la pureté, de la puissance et de la clarté sonore du ténor dramatique. Il a déclaré à ses proches que, parce que le chef d'orchestre n'était pas content du résultat, il avait dû reprendre jusqu'à une dizaine de fois un seul air d'opéra au début des séances d'enregistrement, soit à cause de la prise de son, des musiciens de l'orchestre ou du chanteur lui-même. Cela demandait toute une technique vocale pour continuer à donner le rendement exigé et prouvait que Lucien Ruelland était un vrai ténor. Car, il est impossible de subir ce régime et toujours performer si on ne chante pas dans sa bonne tessiture vocale.    Il faut souligner la contribution exceptionnelle de M. Émile Sylvain, président d'Edmond Sylvain limitée,  commerçant bien en vue de Québec, qui a, en grande partie, financée ce projet et qui est demeuré  un grand ami du chanteur.

Comme il a vécu une expérience extraordinaire de perfectionnement vocale, il décide d'orienter sa carrière vers l'enseignement du chant. Malgré un bagage de connaissances objectives et scientifiques sur l'éducation vocale, les conservatoires et universités de la province, refusent d'intègrer dans leur rang un professeur qui les oblige à remettre en question les méthodes empiriques d'enseignement du chant. À cette époque, et encore aujourd'hui, en art vocale, se référer à des recherches scientifiques pour enseigner le chant, est aux yeux de certains artistes lyriques, une hérisie et en contradiction avec l'art et la tradition.

Il enseigna donc le chant en privé‚ dans la région de Québec et en Beauce durant sept ans.  Suite à une démarche de Mme Pierrette Gaudreault qui demanda conseille auprès de l'illustre ténor Raoul Jobin, M. Ruelland accepta d'enseigner  au Saguenay Lac-St-Jean à l'institut des arts du Saguenay et à l'Atelier de musique de Jonquière jusqu'en 1984.  Comme il demeurait à Québec et attendait d'avoir un nombre d'élèves suffisant pour justifier son déménagement dans sa région, il traversait à toutes les semaines le parc des Laurentides.  Son neveu Guy se rappelle d'un soir de tempête d'hiver où son oncle  arriva chez sa soeur Marguerite Ruelland avec sa nouvelle voiture complètement démolie.  Ayant perdu le contrôle en plein milieu du parc des Laurentides dans une tempête de neige,  il venait de faire plusieurs tonneaux:  Certes ébranlé, il est malgré tout, sorti indemne de cet accident et a poursuivi son voyage ...

Récital le 15 novembre 1956 au théâtre Bellevue de Jonquière accompagné par M. Roland Gingras, organiste titulaire de Saint-Albert-Le-Grand et docteur en pédagogie musicale et en musicographie de l'université de Montréal.

Récital à la salle académique du séminaire de Chicoutimi le 28 février 1957.

29 janvier 1964 ,  récital du ténor lors de l'inauguration de l'auditorium de l'Hôtel-Dieu Notre-Dame de l'Assomption de Jonquière. Mlle Louisette Maltais pianiste accompagnait l'artiste.

A l'automne 1964, dans le cadre du Festival des Arts au Centre Culturel de Jonquière, il se produit aux côtés  de Jean-Eudes Vaillancourt, titulaire de la classe de piano et fondateur du choeur Sine Nomine(devenu par la suite le choeur du Saguenay) et du violoniste Jean Cousineau, pédagogue réputé de la classe de violon, tous les trois enseignants à l'Institut des arts au Saguenay.

Récital le 13 novembre 1968 à la Salle Pierrette Gaudreault du Centre culturel de Jonquière accompagné du pianiste Guy Jauvin.

Récital conjoint avec la soprano Colette Binet-Mailloux et accompagné de Rachel Martel au piano le 26 mai 1971 à la salle Pierrette Gaudreault du Centre Culturelle de Jonquière.

Récital conjoint avec son neveu Guy Gingras, baryton-basse le 23 février 1973 à la salle Pierrette Gaudreault du Centre Culturel de Jonquière.

En 1986, sa seconde épouse, Gabrielle Tremblay, tombe malade et il lui sera très dévoué durant plusieurs années jusqu'au dénouement fatal.

 Retour sur scène à 80 ans et un nouvel enregistrement

Fait remarquable; en 1991, à 80 ans il donne un récital à Jonquière, accompagné de Luc Lessard.

Encore plus remarquable, il enregistre des chants de Noël un an plus tard avec le choeur "Intermède" à l'église de Laterrière et ce, malgré des problèmes de santé. En effet, il subissait une opération au foie quelques semaines plus tard.

Dernière prestation publique de ce grand artiste: lors du 35ième anniversaire de l'Institut des arts au Saguenay, le 28 avril 1995, à l'âge de 83 ans,  il obtint encore une fois une ovation très longue des auditeurs après une interprétation magistrale et puissante du chant " Comme la nuit"  de Carl Bohm.  Accompagné par Mme Karen Chamard , il s'exécuta de mémoire  avec maîtrise,  justesse, sans tremblement dans la voix, sans essoufflement et avec beaucoup d'assurance et de sérénité.

C'est avec la même dignité qu'il affronte son destin suite à un cancer le 12 août 1999, à l'âge vénérable de 87 ans.  Tous ceux et celles qui ont côtoyé ce grand artiste, gardent le souvenir d'un être très intègre, digne,  courageux,  resté fidèle à son art, aux siens et à sa patrie.